Le mois du pneu de Rémy Cattelain, 3 euros

Comme tous les samedis après-midi, Ghislaine et Régis se rendent au supermarché du coin. Préoccupés par leurs achats, ils en oublient leur nain dans un rayon. Cinq ans plus tard, il est toujours là… Et il devra lutter contre Véronique et Davina, des vigiles avinés, Josyane Savigneau et un exorciste pour retrouver l’amour… Rémy Cattelain revisite le mythe de l’enfant sauvage en balançant son Meughly dans la jungle des têtes de gondole. Une fable réjouissante sur les mamelles de la société du spectacle.

Notre avis : Une critique de la société de consommation tout en exubérance. Avec humour, Rémy Cattelain croise les genres (roman fantastique, film d’horreur) avec un quotidien déprimant.

Black Medicine Book de Helge Reumann, 39 euros

Helge Reumann est un artiste aussi discret que précieux, et qui n’a pourtant pas démérité durant les deux décennies passées: présent chez nous dans la revue Bile noire, et essaimant des pages chez divers éditeurs, du Rouergue à UDA, en passant par L’Association ou le Dernier Cri, sans oublier l’incroyable Elvis Road, concocté avec son complice d’alors Xavier Robel, magnifique leporello de 9m de long. A travers ses travaux les plus récents (peintures, moulages et dessins), c’est tout l’univers de Reumann qui se déploie ici, un monde plein de tension et de violence, à la fois bien physique quand des hordes de loubards attaquent, armés de battes cloutées ou d’armes blanches, mais aussi une violence plus sourde – cette violence qui agit en uniformisant le monde, en le transformant en un désert géant, une Terre aride et froide, dénuée de sentiment, et livrée à la loi du plus fort. Et puis il y a cette violence mentale aussi, celle qui lave les cerveaux et annihile le libre arbitre, qui créé les fanatismes et engendre encore plus de violence… S’il y a souvent de l’humour, il y a peu d’espoir dans les images de Reumann, et les tribus de fous anonymes qui traversent ces paysages aussi colorés que désolés semblent nous souffler que si l’enfer existe, il est peuplé de démons à visage humain. Introduction de Charles Burns, préface de Christian Rosset (texte bilingue français–anglais).

Notre avis : Une œuvre pour qui ne redoute pas de voyager au-delà du bien et du mal. Et si l’on s’écarte des formes narratives classiques, les dessins à l’encre, les peintures sur bois, les photos que l’on trouve ici forment un tout cohérent, qui révèle le conflit, la violence d’une société esquintée par la guerre. Il s’y raconte beaucoup, sans mots, sans dialogues ou descriptions, juste par la force du dessin narratif de Reumann.

Dessous de Leela Corman, 20 euros

Dessous décrit la vie tumultueuse de deux sœurs issues de la communauté juive dans le Lower East Side de New York du début du 20ème siècle. Esther et Fanya sont deux sœurs jumelles, nées en 1900 dans ce quartier presque exclusivement composé d’immigrants en provenance d’Europe de l’Est et fraîchement débarqués aux États-Unis. Leur mère tient un atelier de confection et trompe allègrement son mari, un homme effacé. Les deux soeurs s’éloignent du giron familial dès l’adolescence, Fanya commence à travailler pour une avorteuse qui fera son éducation scolaire et politique. Esther, fascinée par des danseuses d’un théâtre burlesque local y prend des cours de danse tout en travaillant comme bonne à tout faire dans la maison close attenante. Les chemins des deux soeurs pourtant très liées l’une à l’autre vont progressivement diverger, Esther devient rapidement à la fois danseuse et prostituée, sous le nom de Delilah, connaît un grand succès auprès de la gente masculine fortunée et devient une actrice célèbre. Fanya va prendre la relève de l’avorteuse, et s’enfoncer dans la précarité, refusant de se marier avec son ami d’enfance, Sal. Avec Dessous, Leela Corman décrit les difficultés de cette population immigrante du début du 20ème siècle à la veille de la grande dépression, mais brosse surtout le magnifique portrait de deux femmes libres.

Notre avis : Leela Corman dresse les portraits de deux soeurs jumelles issues d’une famille juive russe ayant fui les pogroms. A travers un récit-miroir, se dessine la révolte innée des deux jeunes filles contre les interdits, les préjugés, le patriarcat et la volonté de garder le contrôle de leurs corps. Dessous nous plonge dans l’histoire de la poursuite du rêve américain et, surtout, de la libération féminine.

Kent State, quatre morts dans l’Ohio de Derf Backderf, 24 euros

Derf Backderf réalise un magistral documentaire historique sur les années 1970 et la contestation contre la guerre du Vietnam. Kent State relate les événements qui ont mené à la manifestation du 4 mai 1970 et à sa violente répression sur le campus de cette université de l’Ohio. Quatre manifestants, âgés de 19 à 20 ans, furent tués par la Garde nationale au cours de cette journée. Cet événement marqua considérablement les esprits et provoqua des manifestations gigantesques dans tout le pays avec plus de quatre millions de personnes dans les rues, marquant un retournement de l’opinion publique sur l’engagement américain au Vietnam.

Notre avis : Derf Backderf reconstitue méticuleusement le drame qui s’est déroulé en 1970 à l’université de Kent State, dans l’Ohio. Un documentaire intégralement basé sur des témoignages oculaires et des recherches dans les archives de la bibliothèque de l’université de Kent State. Avec un compte à rebours qui s’active dès les premières pages le lecteur est captivé et le récit rappelle la violence dont peut faire preuve un Etat contesté. Un documentaire édifiant et bouleversant.

La Tournée d’Andi Watson, 22 euros

G.H. Fretwell, un petit auteur de romans peu connus, vit dans une petite ville anglaise, avec sa femme, Rebecca, qui ne lui prête pas une grande attention. Son nouveau roman, Sans K, vient de sortir et Fretwell se lance dans une tournée de rencontres en librairie pour en faire la promotion.

Notre avis : Une dégringolade comique et angoissante, portrait acéré de la cruauté et de l’absurdité de la société, tant à l’échelle du petit milieu de l’édition que dans sa globalité.

Troupe 142 de Mike Dawson, 21 euros

Été 1995 : Alan s’est laissé convaincre par ses fils Jason et David de partir avec eux au camp scout de la forêt de Pinewood, dans le New-Jersey. Plutôt citadin, casanier et un peu laxiste, le voilà parachuté pour une semaine dans une institution régie par la hiérarchie et les traditions, qui glorifie la vie au grand air et en communauté. Dans ce petit théâtre à ciel ouvert, il va partager le quotidien des autres pères de famille, du personnel du camp et, surtout, d’une ribambelle d’ados surexcités qui ne manqueront pas d’éprouver la patience de leurs aînés. Au sein de la troupe 142, chacun va vivre des moments heureux, pénibles, cocasses ou douloureux, au rythme des repas, feux de camps, randos et autres cours de sculpture sur bois. Lui-même ancien scout, Mike Dawson porte un regard à la fois tendre et corrosif sur un mouvement qui offre à ses adeptes des journées inoubliables mais patauge parfois dans des idées rétrogrades. Par un trait vif et expressif et des dialogues d’un drôlerie irrésistible, il donne vie à des adolescents plus vrais que nature, qui masquent leurs complexes à coups de vannes et de brimades, et à des adultes qui essaient tant bien que mal de leur montrer l’exemple...

Notre avis : Dans cet ouvrage on suit Alan, père de David et Jason, qui va décider de partir avec eux au camp scout de la forêt de Pinewood. Là où Alan s’attend à retrouver des valeurs et de l’entraide il va y découvrir des ados qui se rabaissent, se droguent et surpassent leurs limites. Une bande dessinée pleine d’humour et d’injustice.

Feya de Marc Lataste, 14 euros le tome

Dans une luxuriante forêt hors du temps, vivent des créatures étranges : un magicien poilu, un petit fantôme gourmand et un renard cueilleur de champignons. Cet univers plein d’humour et de loufoquerie n’est pas dérangé par une quelconque humanité puisque celle-ci a disparu. Mais un jour, les bestioles découvrent sous terre un laboratoire secret où hiberne une jeune humaine, Feya. Son réveil malencontreux va provoquer l’apparition d’autres endormis, secte magique et robots géants, ordinateur malveillant et espion au masque de lion, qui souhaitent tous mettre la main sur la dernière (?) survivante de notre race éteinte. Une grande aventure commence !

Notre avis : Feya, une petite fille mi-robot mi-humaine fait son apparition sur Terre, où les humains ont complètement disparu, laissant place à d’étranges créatures. Elle apprend bien vite qu’elle n’est pas la seule de son espèce et va devoir affronter les plus grands dangers pour trouver ses frères et soeurs ainsi que ses origines. Une bande dessinée pleine de fantaisie et d’action pour les enfants à partir de 8 ans.

Yôkaidô de Shigeru Mizuki, 35,50 euros

Utagawa Hiroshige est sans aucun doute, avec Hokusai, l’un des artistes japonais les plus reconnus dans l’art de l’estampe. Né en 1797, il n’aura de cesse de dessiner la nature et les paysages du Japon avant sa transformation sous l’ère Meiji. En 1832, après avoir effectué son premier voyage sur la route du Tôkaidô (illustre route reliant la capitale du shogun, Edo, et la capitale impériale, Kyoto) qu’il réalise sa série d’estampes la plus célèbre, les 53 Stations du Tôkaidô (1833-1834). Il y représente les paysages et les lieux majeurs croisés en chemin en y intégrant des scènes de vie quotidienne. Inspiré par ce maître incontesté de l’estampe, Shigeru Mizuki décide de rendre hommage à Hiroshige en réalisant sa propre série d’illustrations, Les Cinquante-trois relais du Yôkaidô. Le mangaka mettra deux ans (2001-2003) à redessiner les paysages originaux d’Hiroshige. Il y intègre avec malice son univers personnel, peuplé de yôkai et de ses propres personnages, dont Kitaro le repoussant.

Notre avis : Cet ouvrage présente avec poésie les oeuvres des deux grands artistes japonais.

Sara d’Anapurna, 18 euros

Sara est le premier roman graphique d’une auteure espagnole, Anapurna (de son vrai nom Ana Sainz), récompensé par le Prix Fnac Salamandra en 2015. Dans ce récit, une jeune artiste, Sara, quitte l’Espagne pour suivre une formation dans un atelier de gravure à Karlsruhe en Allemagne, alors que son père vient tout juste de décéder. Elle débarque dans ce pays inconnu, maîtrisant très mal la langue. Encore sous le choc de la mort de son père, Sara n’est pas rassurée par son nouvel environnement. Elle vit chez Greta, une vieille allemande très douce mais un peu mystérieuse. La nuit, Sara entend des bruits inquiétant en provenance du sous-sol de la maison. Elle en vient à se demander si Greta n’est pas une dangereuse maniaque…

Notre avis : Sara est une jeune artiste espagnole qui se rend en Allemagne pour ses études. Logée chez une vieille femme du nom de Greta, elle ne va pas tarder à entendre des bruits étranges provenant de sa cave. Qui est vraiment Greta ? Sara est-elle en danger ? Une bande dessinée intrigante et émouvante.

Proches rencontre d’Anabel Colazo, 12 euros

Suite à un étrange accident de route, Daniel – jeune espagnol passionnément curieux – se retrouve coincé trois jours dans le village d’El Cruce où abondent énigmes et événements inexplicables : des ombres noires, des messages menaçants, des kidnappings… Il s’avère qu’El Cruce est un endroit mythique pour tout amateur d’ésotérisme, au très riche passé d’événements paranormaux. Le bois à l’orée de la ville est d’ailleurs réputé comme point d’observation d’OVNI. Par chance – ou par malheur – quelques villageois semblent enclins à dévoiler certains secrets à Daniel. Il rencontre Marina, une jeune habitante de la ville et son frère Juan, obnubilé par les phénomènes paranormaux avec lesquels il va vivre une expérience extra-ordinaire et traumatisante. Chacun va réagir différemment à cet événement, déni pour Daniel, Marina sombre dans la folie et Juan vit en ermite. 20 ans plus tard, Daniel est interviewé par une étudiante en journalisme passionnée par les OVNI. L’étudiante s’attelle à son tour à mener l’enquête au cœur du village d’El Cruce.

Notre avis : Suite à un accident de la route Daniel se retrouve coincé dans le petit village d’El Cruce. Il va être témoin de phénomènes paranormaux et va devoir aller chercher des informations auprès de villageois plus ou moins étranges. Un récit déroutant qui reste en suspens.

Potlatch de Marcos Prior & Danide, 20 euros

Maximo Pérez, un jeune barcelonais, souffre d’hyperthymésie, forme très rare d’hypermnésie. Il se souvient de tous les événements qui ont ponctué sa vie, sans en oublier aucun détail et se remémore en permanence ces souvenirs, à son corps défendant… À l’occasion d’un traquenard organisé par un ancien ami, Maximo rencontre une jeune femme, Claudia, dont il tombe sous le charme. Maximo, qui travaille dans une agence de détectives privés, demande alors à l’un de ses collègues d’espionner Claudia afin de mieux la séduire. Il parvient à ses fins et au cours d’un repas, lui qui vit entouré de souvenirs et de collections en tous genres, est marqué par une déclaration de Claudia : « les choses que tu possèdes finissent par te posséder »… À l’image du cerveau de Maximo, le récit multiplie les va-et-vient entre différentes périodes, sollicitant la sagacité du lecteur qui devra lui-même reconstruire l’intrigue dans l’ordre chronologique. Un ouvrage réalisé à quatre mains, où la bande dessinée devient un véritable jeu narratif et visuel.

Notre avis : Un graphisme comics très agréable et une influence cinématographique palpable.

Nu de Sacha Goerg, 16 euros

On n’imagine pas à quel point les écoles d’art sont des endroits problématiques. C’est un milieu ultra compétitif, où les étudiants essayent par tous les moyens de montrer qu’ils sont les plus créatifs, les plus cools…

Notre avis : Jean-Michel a une passion non assumée en cours : dessiner des corps nus. C’est pourquoi il se rend tous les soirs au domicile de Iéléna et la dessine en la regardant danser, nue. Un soir, Lucas, son meilleur ami, décide de le suivre. C’est alors que Jean-Michel se retrouve dans une situation plus que délicate. Une bande dessinée surprenante et pleine de rebondissements.